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Les antivaccins sont-ils irrécupérables ?Paris, le samedi 21 août 2021 – Qu’on nous permette un préambule. Dans un monde idéal, où n’existeraient pas les récupérations politiques par des courants extrémistes, les références totalement déplacées et les absurdités scientifiques, s’interroger sur le passe sanitaire pourrait être considéré comme légitime, si non pertinent. Réfléchir à cette nouvelle étape dans une société de contrôle (déjà bien avancée), considérer les inégalités en jeu, repenser les limites sanitaires du dispositif, la proportionnalité des mesures et discuter les significations démocratiques du passe sanitaire ne devrait pas être jugé comme forcément complotiste, démagogique et/ou irresponsable en terme de santé publique.Quand les antivaccins prennent tout l’espaceCeci étant dit, force est de constater que ce mouvement idéalisé composé de personnes modérées et responsables (et donc vaccinées) mais plutôt hostiles à la méthode employée pour « imposer » la vaccination (le passe sanitaire) n’existe pas ou peu. En tout cas, on ne le voit pas. Comme le remarquait récemment le professeur de sociologie, Michel Wieviorka sur France Inter, les contestataires qui défilent tous les samedis constituent « un mouvement qui, très paradoxalement, a besoin des anti vaccination purs et durs, tout en n’étant pas réductible, loin de là, à la contestation du principe de la vaccination en général ou de cette vaccination. Autrement dit, peut-être que les anti vaccination ne sont pas si nombreux dans les cortèges, mais sans eux, ce mouvement retomberait très vite ». Et en effet, on ne voit qu’eux, les fameux anti vaccins.Des inquiets aux irréductiblesLeur pouvoir de nuisance faisait très peur à la fin de 2020. A tel point que le gouvernement semblait avoir initialement construit sa campagne en fonction d’eux. Mais on s’était beaucoup exagéré leur importance. Il est rapidement apparu que la majorité d’anti vaccins que croyaient deviner les sondages était en réalité une majorité d’inquiets, qui constatant rapidement l’innocuité des vaccins administrés en masse à travers le monde ont bientôt été nombreux à vouloir à leur tour être protégés, et plus vite que ne le permettait la campagne française. Demeure cependant aujourd’hui une minorité d’irréductibles : les véritables antivaccins, qui concentrent leur discours sur les vaccins à ARNm et leur mode d’action inédit, mais sont également généralement hostiles au principe même de la vaccination. Ils ne font plus seulement peur (parce qu’ils empêcheraient la fameuse immunité collective, du reste de plus en plus hypothétique), mais ils dérangent.Se moquerCette semaine, la diffusion des vidéos des manifestants pénétrant dans l’hôpital de Pau et répétant des messages parfois peu cohérents sur les pseudo dangers de la vaccination contre la Covid a sidéré un grand nombre de médecins. Le journaliste et médecin Jean-Daniel Flaysakier n’a ainsi pas caché son effarement : « Je veux bien qu’on me parle de condescendance et de mépris de classe, mais quand on regarde la vidéo de ce troupeau de paumés qui envahissent un hosto, j’en ai ma dose. Et les voir régurgiter des éléments de langage auxquels ils ne comprennent rien, c’est pitoyable. Alors : Stop » a-t-il publié sur Twitter. Le commentaire est révélateur d’une forme de renoncement. Renoncement à essayer de faire entendre raison, de convaincre, d’expliquer. On le retrouve, comme assumé, dans l’interview accordée par le philosophe Raphaël Enthoven à l’Express : « Le vaccin de la rationalité est sans effet sur les gens qui veulent voir ce qu’ils croient. Reste la dérision. On ne peut pas les convaincre, mais on peut se moquer d’eux, et on doit le faire en ce moment, car ces gens-là ne sont pas seulement fous, ils sont dangereux. Ils sont toxiques ».Déficit d’acculturation scientifiqueBien sûr (et on suppose cependant que ni Jean-Daniel Flaysakier, ni Raphaël Enthoven n’ont abandonné leur passion pédagogique), beaucoup ne renoncent pas. Ils tentent de chercher des causes. Dans le Monde, cette semaine, Katia Andreetti, anthropologue et Philippe Berta député du Gard (MoDem) évoquaient un « déficit d’acculturation scientifique majeur » de notre société. Dans le JIM, nous avons souvent évoqué ce défaut de culture scientifique. « Domaines privilégiés d’une élite, adressés à un public averti il y a encore peu de temps, les sciences doivent être repensées dans une perspective prospective, pédagogique et démocratique » écrivent les deux auteurs, qui insistent encore : « La formation des esprits critiques à la rigueur des raisonnements est une réalité que nous devons faire advenir. Les sciences humaines et sociales devront y avoir toute leur place pour résorber les causes, prévenir les discriminations afin d’endiguer les phénomènes de type anti-vax et plus largement anti-science. Renouer la confiance avec le grand public est une urgence essentielle pour accompagner les progrès fulgurants de la recherche biomédicale et de ses retombées », écrive

Source: JIM.fr – Les antivaccins sont-ils irrécupérables ?

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